Les Amis des Amis du Rhum

les amis des amis du Rhum – JM vs Trois Rivières

Après deux mois d’absence, nous revoilà à flots pour une nouvelle saison de dégustations. Premier événement : les Amis des Amis du Rhum. Cette première de la saison nous propose une confrontation de deux grandes maisons martiniquaises : JM vs Trois Rivières.

On vous pose le décor : comme à l’habitude, dès notre arrivée, le line up est dévoilé sur le bar à côté du planteur prévu pour l’apéro. Les habitués se retrouvent, mettent en place les tables et chaises, et nous voilà partis pour une agréable soirée. L’ambiance est bien détendue. Les discussions rhumesques ne tardent pas à éclore : bref on se sent à l’aise parmi une bande de joyeux lurons tout en sirotant un planteur made in La Mauny Ananas.

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Comme pour toutes les soirées « Confrontation », Cédric nous a préparé quatre duels de produits de gammes comparables : on commence en opposant deux blancs, puis les VSOP qui préparent le terrain pour les 10 ans et enfin les hauts de gamme. La soirée du jour s’y prêtant, tous ces jus seront des AOC.

JM Jungle Macouba (51,2%) vs Trois Rivières Océan (40%)

Ce premier duel opposera deux blanc « premium » (qu’est-ce que l’on n’aime pas ce terme…)

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D’un côté, le JM Jungle Macouba. Au nez, passé la canne fraîche et sucrée, nous retrouvons des notes herbacées (gazon coupé) et de foin. La bouche est très végétale limite terreuse ; avec une pointe de poivre, de truffe et une certaine lourdeur. On peut d’ailleurs l’observer, le Macouba est un peu graisseux au verre, les jambes sont bien portantes et descendent assez lentement.

De l’autre côté, le Trois Rivières Océan. Hormis la canne, le nez est très marin (au cas où vous n’auriez pas compris la référence). On y retrouve l’iode, en fermant les yeux on se croirait presque sur l’Anse Trabaud, le sable blanc sous nos pieds. Des notes d’agrumes et de grains de moutarde ressortent ensuite. La bouche est saline et sur la canne crue. Une finale douce, limite sur de la cassonade avec une pointe iodée.
Ce blanc se marie très bien avec les huitres ou lors d’une dégustation de sushis (testé & approuvé)

Résultat du duel : 12 voix pour le Trois Rivières contre 5 pour le JM. Le côté très atypique de la cuvée de l’Océan a probablement joué en sa faveur, face à un Macouba très bien réussi, mais dans une lignée plus standard en ce qui concerne les blancs agricoles.

VSOP en force

Vous l’avez compris, pour le second duel nous aurons droit aux deux VSOP. Lesquels ? Un de chez Trois Rivières et un de chez JM, il faut suivre un peu !

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Le JM est clairement (c’est le cas de le dire) plus doré et limpide. Le nez est acidulé, sur du sapin (épicéa), du poivre, du foin et cireux. Après une longue ouverture (ou même le verre vide depuis quelques minutes), il devient pâtissier avec la crème au beurre, voire le beurre lui-même qui s’impose. Un nez très surprenant.
Personnellement [Spiritom], je connaissais ce JM mais il ne m’avait pas laissé une très bonne impression. Cette dégustation m’a permis de le redécouvrir et de lui porter un plus grand intérêt.

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Le Trois Rivières est quant à lui plus sombre et lourd sur le verre. Le nez est plus épicé, sur de la muscade et un boisé (typique de chez Trois Rivières pour les habitués). On devine une présence de cacao. La bouche est incroyablement douce, on y retrouve des notes de poudre de cacao, un léger boisé (chêne neuf) et une pointe de vanille. La finale est davantage sur l’amertume du cacao.
Si vous aimez ce Trois Rivières, on ne pourrait que vous conseiller d’essayer l’ancien embouteillage 5 ans (remplacé depuis peu par ce VSOP) qui apporte une palette aromatique plus complexe.

Égalité pour ce duel : 8 voix partout ! (Oui, quelqu’un s’est abstenu)

JM 2003 10 ans (44,8%) vs Trois Rivières 10 ans Vintage ‘90s (42%)

Nous montons de catégorie avec les 10 ans d’âge.

Notez que le JM 2003 se trouve encore assez facilement (au pire, le nouveau 2004 est assez similaire) alors que le Trois Rivières est une version des années 90 (1991 pour être précis) sur laquelle il vous sera assez difficile de mettre la main.

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Le nez du JM est rond, sur du cacao, du poivre, un peu de vanille grasse. Nous retrouvons le côté beurré du VSOP (bien moins prononcé quand même). Si on le laisse pleinement s’ouvrir, on perçoit encore quelques notes d’agrumes tirant ici davantage sur le pamplemousse. En bouche, l’alcool se fait dans un premier temps présent, viennent ensuite des arômes d’amande, de fruits exotiques (limite confits) et de vanille. Au fur et à mesure, il devient plus gras et gourmand avec une pointe de note beurrée.

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Le Trois Rivières est frais au nez : des notes de boisé et de menthol avec une pointe d’ancien rhum d’un temps révolu (qui a dit poussière?). Le chocolat amer pointe le bout de son nez et vient chatouiller nos narines. La bouche nous dévoile des notes de cacao, d’ananas avec une pointe d’amertume et d’une belle complexité.

Résultat du duel : 8 voix pour le Trois Rivières contre 9 pour le JM

JM 2000 15 ans (41,9%) vs Trois Rivières 1995 (43%)

Nous arrivons à l’apogée de la dégustation : les hauts de gamme qui clôturent cette soirée. Le JM 2000 est en réalité un 16 ans d’âge alors que le Trois Rivières 1995 est un 19 ans (mais l’AOC ne permet pas de comptabiliser les dernières années suite au double vieillissement).

Il est à noter que ces rhums ont été servis dans les verres plus d’une demi-heure avant d’être présentés à la dégustation, leur permettant une belle ouverture (c’était également le cas pour les 10ans).

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Le JM nous propose au nez des notes beurrées qui se dirigent vers le beurre fondu (décidément, on en retrouve du beurre dans ces JM, à se demander s’ils ne font pas de la pâtisserie à côté de la distillerie), du foin sec, un peu d’amertume de cacao et des fruits secs. Viennent ensuite des fruits assez sucrés et une pointe d’épice. La bouche est sur le fruits confits, de la prune le tout avec une belle complexité. La finale est agréablement longue.

Le Trois Rivières est assez alcooleux au premier abord, avec les marqueurs typiques actuels de la distillerie accompagnés de fraîcheur (eucalyptus), tabac (boîte à cigares). La bouche est ronde, sur des fruits secs, avec un soupçon d’orange. La finale est très longue avec du boisé et du tabac pour se terminer sur une touche plus fraîche.

Résultat du duel : 10 voix pour le Trois Rivières contre 7 pour le JM

Conclusion

Les plus matheux parmi nos lecteurs se seront rendus compte que c’est Trois Rivières qui l’emporte 36 voix contre 29. L’écart s’est creusé en faveur du sud de l’île au niveau du blanc, la Cuvée de l’Océan séduisant par son esprit (rien à voir avec Neisson) très décalé. Il faut avouer que malgré son faible titrage, c’est une belle réussite qui a de quoi laisser rêveur. Il se laisse boire pur ou en cocktail (mojito fraise-basilique, il vaut le détour paraît-il). Pour la suite de la gamme, on reconnaît dans ces deux distilleries un savoir-faire pleinement maîtrisé, avec des particularités qui plairont soit aux uns soit aux autres. Mais tou(te)s témoigneront qu’il n’y a que du bon!

Le mot de la fin pour cette soirée est la bonne manufacture des différentes cuvées sélectionnées, aucune fausse note. On retrouve clairement une trame évolutive dans chaque distillerie avec des notes qui se retrouvent dans l’ensemble de leur gamme respective, hormis pour la Cuvée de l’Océan, très atypique.

Le fait d’avoir pu découvrir un ancien rhum des années 90 (le Trois Rivières 10 ans, c’est bien, y en a deux qui suivent là dans le fond) nous permet de réaliser l’évolution des rhums agricoles ces deux dernières décennies au sein d’une même maison.

Comme à l’habitude, c’est encore une fois l’ambiance et la bonne humeur des participants qui rendent ces soirées si plaisantes. Félicitations à Cédric pour l’organisation et la sélection ainsi qu’à Michaël pour les photos. La prochaine soirée aura lieu le 20 octobre et aura pour thème la Jamaïque (on vous voit déjà baver). Pour ceux qui sont dans la région, le contact pour la réservation est sous l’article.

A très bientôt pour d’autres articles ! Car oui, les mois qui arrivent vont être chargés en événement Entr’Rhum.

Crédit photo : Michaël Muller
Réservation pour la prochaine soirée : Par ici

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Dégustations, Dégustations Croisées

Triple navigation sur Trois Rivières

 

Dégustation croisée n°1

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Line-up :

Trois Rivières VSOP, Trois Rivières 5 ans et Trois Rivières 2006 Cask Strength

C’est un samedi soir du mois de novembre 2016 qui a vu notre idée d’un blog de dégustation passer du projet à la réalité. Notre première dégustation croisée nous emmène en Martinique, redécouvrir trois produits que nous connaissons déjà.

Trois Rivières VSOP

Matière Première : Vésou
Distillation : colonne créole
Titrage en alcool : 40°

Commençons par le VSOP, dont la robe ambrée brille dans le verre. Les jambes fines et légères descendent lentement sur le verre, promesse d’un rhum plutôt sec, sans graisse.

Au nez, on retrouve quelques épices avec la muscade en avant plan. Le boisé est présent, avec une touche de vanillé. On retrouve ces sensations en bouche, avec un alcool qui se fait légèrement sentir sur la langue mais qui est assez rond. Le poivre, la muscade avec semble-t-il des pointes de fruits secs (noix ?).

La finale est moyenne et le boisé l’assèche alors que s’envolent les dernières notes épicées.

Trois Rivières 5 ans

Matière Première : Vésou
Distillation : colonne créole
Titrage en alcool : 40°

Le 5 ans nous attend sagement. Il s’est paré d’une robe ambrée, comme son cadet, dont les reflets sont davantage cuivrés. Des jambes toujours fines, légères, qui collent légèrement au verre.

Le nez reste boisé et épicé, un tantinet plus doux que le VSOP (la vanille semble être un peu plus présente). En bouche, il est moins sur la sensation d’alcool que son petit frère, mieux équilibré avec des notes végétales au-delà du bois qui nous avait chatouillé les narines.

C’est d’ailleurs le boisé qui nous accompagne lors de la finale, plus longue mais toujours sèche.

Trois Rivières 2006 Cask Strength

Matière Première : Vésou
Distillation : colonne créole
Titrage en alcool : 55,6°
Particularité : Fût L23

Il est temps de se diriger vers le Cask Strength qui s’est aéré pendant les dix minutes précédentes. C’est un tout autre produit et la robe oscille entre le cuivre et l’acajou. Les jambes sont fines, presque perlées, et descendent avec lenteur, comme pour nous inviter à prendre notre temps pour le savourer.

Les épices, les agrumes et le caramel sont bien intégrés au boisé que l’on respire. On a un véritable bouquet olfactif qui nous pousse à le sentir plusieurs fois pour l’identifier, comme s’il préparait le terrain pour la suite. En bouche, l’alcool prend le pas pour une explosion de saveurs. Il est complexe, le boisé est toujours bien présent, comme un plateau sur lequel on découvre les épices, du caramel, quelques notes de café. Une pointe de cacao amer et de tabac poivré effleure nos papilles.

La finale est savoureuse, persistante. Sans être grasse, elle n’assèche pas la gorge mais permet de renforcer le nez quand on replonge nos narines dans notre verre. Il gagne à s’oxygéner un bon quart d’heure avant de le déguster.

En bref :

La maison 3 Rivières propose avec le VSOP et le 5 ans une belle entrée dans le monde des rhums martiniquais. Le rapport qualité/prix est indéniable, avec une légère préférence pour le 5 ans qui semblent être mieux achevé.

Le Cask Strength ne joue pas dans la même catégorie : il en impose avec ces 55,6° sans venir brûler le nez ou le palais. C’est un produit fini bien maîtrisé, qui permet de découvrir la « patte 3 Rivière » avec une dimension supplémentaire que ce que nous permettent les deux premières bouteilles.