Événements

Rhum Fest 2018

RFP2018-min

Comme à l’habitude voici un retour concis sur la grande messe du rhum: Le Rhum Fest Paris. A la différence des autres années, aléa du calendrier et heureux événement personnel à venir, l’expérience ne se fera que sur une unique journée pour cette édition (et je suis déjà super heureux d’avoir pu y aller, ce n’était pas gagné de prime abord !). Une journée c’est court, le mot d’ordre fut donc : cap sur les nouveautés !

Malgré le nombre conséquent de produits dégustés, j’ai voulu être un peu plus complet que « j’aime/j’aime pas ». Néanmoins le palais étant de plus en plus anesthésié et le temps me manquant cruellement, les notes sont loin d’être précises et exhaustives. Je me suis donc limité aux principaux marqueurs qui me sont apparus. Comme pour toutes les autres notes, celles-ci ne sont que mon avis personnel 😉

Arrivé bien en avance afin d’éviter le souci de la file d’attente de la veille, je me retrouve le premier à pénétrer le lieu saint : les pavillons de dégustations ! Etant un peu déboussolé par cet espace vide qui s’ouvre à moi, je me dirige machinalement vers mes marques de prédilection afin d’avoir le temps de saluer tous ces grands noms du paysage rhumier avant que la foule n’arrive.

 

La Mauny / Trois Rivières

Commençons par le stand La Mauny et Trois Rivières sur lequel je retrouve Daniel Baudin. Après quelques mots et certains remerciements pour service rendu, nous débutons (surtout moi) les dégustations.

La Mauny VSOP (nouvelle facture) : Le nez est fruité (abricot) le boisé est discret. La bouche est ronde et bien équilibrée, le fruit ressort bien. Un très beau produit très fin (bien plus à mon goût que l’ancienne édition).

Trois Rivières Triple Millésime 1999-2000-2009 : Le nez est plus boisé que l’ancienne version, la bouche plus structurée, intense avec de notes de poivre. Toujours aussi intéressant même si différente de la précédente version.

Trois Rivières 2004 : Nous retrouvons les marqueurs typiques de la maison, les épices sont assez présentes. Un boisé plus discret.

 

Saint James

On passe en face pour se rendre chez St James avec le désormais habituel Stephen Martin toujours aussi passionné et passionnant.

St James XO : même si ce n’est pas une nouveauté, je n’ai jamais eu l’occasion de le déguster ; manquement maintenant résolu. Le nez est plutôt doux et rond. La bouche est gourmande et sur les épices. Un très bon rapport q/p. Je le classerais en entrée de gamme coté doux chez St James.

St James 2001 : Plus boisé, un peu d’amertume. Il s’ouvre bien avec l’oxygénation. Assez sec et boisé en bouche, la finale est malheureusement assez sèche et pas très longue. Je pense lui préférer son petit frère le 2000.

St James XO 2001

Le Single Cask 1997-2016 fera partie d’une prochaine comparaison avec son petit frère embouteillé en 2012 lors d’un futur post.

 

HSE

Restons en Martinique avec une des maisons les plus innovantes : HSE. Les salutations avec Cyril Lawson faites, nous commençons les découvertes.

HSE Blanc Parcellaire 2016 Canne Rouge :  Un rhum blanc à laisser s’ouvrir. Le nez est végétal, sur la canne et les fruits à chair blanche. La bouche est assez douce et sucrée, ronde et gourmande, épices orientales et une pointe d’agrumes. La finale est plus forale et sur de l’eucalyptus. Une belle innovation.

HSE XO Sélection Ducasse : enfin le temps pour moi de découvrir cette licorne. Le nez est rond et compoté, très fruité (marmelade d’orange). La bouche est premièrement légèrement fumée avec une légère astringence. Elle évolue pour devenir plus ronde et gourmande, on retrouve le coté fruits cuits dans un bel équilibre avec un boisé noble (bois de santal). Par la suite le boisé se mélange au piment et à l’écorce d’orange. Vraiment une très belle réussite, dommage qu’il soit quasiment impossible de mettre la main une bouteille.

Petit détour par JM où seul le 2005 m’était inconnu, Celui-ci est assez sec et astringent, plus rude et boisé que son prédécesseur le 2004 qui m’avait agréablement surpris.

Neisson

Arrivée chez Neisson où les bio sont de sortie ! Connaissant déjà l’Esprit bio, je me penche sur les 52,5% (les 2 versions étant présentes, c’est le moment de les comparer).

Au nez le bio est sur le fruit rouge alors que sa version standard est plus sur la canne fraîche. La bouche du bio est gourmande et plus sèche alors que l’original est plus floral. Difficile de choisir un préféré ; c‘est le prix qui fera pencher la balance en faveur de la version non bio.

Neisson 52,5% Bio

 

 

A1710

On passe chez A1710, où je n’ai pas reconnu Grégory Duval (désolé de ne pas t’avoir salué). Je m’intéresse principalement aux blancs. Après m’être remis en selle avec la Perle je commence les nouveautés :

La Perle Bio B59-566 (canne bleue) : Le nez est minéral et prometteur. En bouche c’est rond et doux avec des notes de poivre Sichuan. Une belle découverte.

La Perle Bio R579 (canne rouge) : celui-ci est plus monolithique, moins doux, plus astringent, il me sied moins.

Renaissance : On y retrouve plus le coté terreux et iodé qui me rappelle les anciennes cuvées.

La Favorite

Continuons notre tour de la Martinique avec La Favorite où je retrouve Franck et Emmanuelle. Après un accueil très chaleureux, on me sert le premier breuvage.

La Favorite 2009 Brut de Fût : Au nez assez boisé, sur la réglisse. La bouche est d’un beau boisé avec beaucoup d’épices (notamment du poivre). La finale revient sur la réglisse. Il m’a bien plus même si assez porté sur les épices.

La Favorite 2011 (en test) : Même essai que l’année précédente, c’est Emmanuelle qui a cette fois soutiré un échantillon de 3 fûts du millésime 2011 juste pour la famille de la Canne 2.0 . Le nez est enchanteur, doux, sur de la cire d’abeille et les fruits blancs. La bouche ne tient malheureusement pas ses promesses, trop acide, boisée et pas vraiment équilibrée. Dommage car le nez est vraiment très charmeur mais cela n’est qu’un rapide croquis ; on peut être certain que le produit final corrigera ces défauts.

 

Depaz

Terminons la dernière distillerie visitée de la Martinique : Depaz. C’est Benoit Bail qui nous régale cette année.

Depaz 2000 Brut de Fût : premier bdf pour Depaz. Le nez est compoté, sur les fruits rouges bien mûrs, des fruits sec (amande), assez pâtissier. La bouche est vive est boisée, bien structuré avec un peu d’amertume, du chocolat noir et de la boite à cigare. La finale est longue et fine.

Depaz 2000 bdf

 

 

Longueteau

Changement d’île mais toujours sur le vesou : La Guadeloupe. Commençons le périple avec Longueteau. Après avoir salué François, il me fait découvrir sa nouvelle gamme « Harmonie ».

Longueteau Symphonie : Le nez est sur le fruit à coque, légèrement boisé, un peu fruité. La bouche est ronde et douce. Je tablerai sur un ancien VS un peu plus âgé et complexe.

Longueteau Concerto : Le nez n’est pas trop boisé, bien fruité. En bouche on retrouve certains marqueurs de la précédente cuvée, c’est bien équilibré avec des notes empyreumatiques et un boisé plus présent. La finale est longue et posée.

Longueteau Prélude : terminons sur le plus jeune des 3. Le nez est sur la canne, un boisé assez fougueux. La bouche a une attaque vive, un boisé sec, pas trop fruité. Je ne peux m’empêcher de retrouver dans cette cuvée un semblent d’idée d’un certain profil de chez Neisson avec un rapport q/p intéressant.

Longueteau Harmonie

Damoiseau

Seconde Distillerie visitée de l’île : Damoiseau. On retrouve notre chère Clémentine toujours aussi souriante. Elle me propose ses quelques nouveautés :

Damoiseau 2007 : Petit frère des millésime 2008 et 2009, ce 2007 est vanillé et assez rond au nez. La bouche est fraîche, douce et légèrement épicée. Le TAV assez faible me laisse un peu sur ma faim. Ma préférence reste toujours le 2008 Subprime.

Damoiseau Concordia : C’est doux et rond, le bourbon donne de la gourmandise et en fait un rhum accessible en restant bien structuré. (PS : courage pour l’attaque du marché italien avec le nom de cette cuvée, Clémentine 😉 )

Damoiseau Statera : Plus boisé et plus sec que la cuvée précédente, on retrouve plus des notes de fruits confits et de noix.

Damoiseau Concordia Statera

Notez que ces 3 nouvelles cuvées sont des blends mélasse/vesou.

Après une rapide discussion avec notre chère Cat Arnold des Rhum Toucan et redégustation de son très abouti N4, je me mets en route vers l’île de la Réunion.

 

Savanna

Commençons par une distillerie qui me tiens fort à cœur : Savanna. Après les retrouvailles avec Noëlle et la rencontre avec Cécile, je me lance sur la nouveauté du salon: le blanc créol (agricole) 52%

Blanc 52% : Le nez est floral et végétal (on pourrait trouver certaines similitudes avec un clairin). La bouche est douce, légèrement lourde, des notes d’oranges et une légère note saline apparaît. La finale est longue est persistante. Une chouette première dans la grande cour des rhums blanc agricole.

Savanna Créol 52%

 

 

Rivière du Mât

Passons à la seconde distillerie dégustée de l’île : Rivière du mat. Connaissant une bonne partie de la gamme proposée, je m’arrête sur une quille inconnue :

Rivière du Mat 2003 Single cask : Le nez est pâtissier, sur les fruits murs et très gourmand. La bouche est boisée et vanillée avec un bel équilibre. Une finale longue et douce. Vraiment sympa mais impossible de retrouver les informations de cette bouteille sur le web (si quelqu’un en a je suis preneur !) .

Riviere Du Mat 2003 SC

 

 

Fousquare/Velier

Fin de la partie agricole (qui aura été 75% de ma journée), place à la mélasse. Débutons avec une grande distillerie : Foursquare (où j’ai eu la chance d’avoir les dernières gouttes des différentes cuvées)

Foursquare Premise : C’est doux, on ressent bien le sherry. La finale fait apparaître une légère astringence.

Foursquare Dominus : plus complexe que le précédent, fruité avec un bel équilibre. Un produit très sympa.

Foursquare 2005 : petit frère du 2004, on retrouve un boisé et une amertume, c’est complexe et demande un temps d’aération. Il a une bonne longueur.

Foursquare Premise Dominus 2005

Foursquare Principia : C’est doux et rond, gourmand. Pour le classer, je le placerai entre le 2006 et le Triptych.

Restons chez Velier avec 2 nouvelles références :

HV Last Ward 2009 : Le nez est légèrement fruité, avec un léger boisé. La bouche reste sur le boisé avec un équilibre pas toujours à mon goût. De mes souvenirs, je lui préférais le 2007. Un face à face est à prévoir.

Clairin Valval fût de Caroni : On retrouve la minéralité du Vaval, l’influence du fût est assez (trop ?) discrète, pas de marqueurs de Caroni. Je l’aurais aimé un peu plus marqué.

Foursquare Principa HW Last Ward 2009

 

 

Excellence Rhum

Passons à un autre embouteilleur indépendant : Excellence Rhum où Alexandre nous propose, cette année encore, 4 nouvelles sélections.

ER Foursquare : c’est rond, gourmand et assez complexe, comme on les aime chez Foursquare.

ER Fiji : Assez vif, une palette aromatique différente de ce que l’on connait sur Fiji. Il faudrait que j’y retourne.

ER Port Mourant : Un boisé bien intégré, de la vanille et un bel équilibre pour un Port Mourant.

ER Worthy Park : C’est rond, et doux. Le boisé est léger. Un Jamaïcain avec une belle typicité.

Excellence Rhum

 

 

Compagnie des Indes

Avançons maintenant de quelques mettre pour rejoindre cette fois Florent, le capitaine de la Compagnie des Indes.

CDI Fiji : Le nez est minéral et sur les fruits murs. La bouche est ronde et équilibrée. Agréable et plus dans l’univers Fiji que celui d’ER.

CDI Jamaïque Clarendon : Le nez est boisé, vif avec les marqueurs de la Jamaïque. La bouche est assez douce et bien ample. De mémoire j’ai une préférence pour l’ancien New Yarmouth.

CDI Venezuela (version à 58%) : c’est intense, avec des notes d’iode et de mélasse, le boisée est rond et pas piquant. Un rhum déroutant et intéressant.

 

 

Plantation

J’arrive tout doucement vers la fin de mon périple avec la maison Ferrant et ses célèbres Plantations. Cette année ce sont deux petites nouveautés de la gamme standard et deux avant premières gentiment dévoilées de derrière les fagots.

Plantation Péru : c’est rond, pas trop doux, bien ficelé mais malheureusement pas vraiment à mon goût.

Plantation Fiji : après le très bon extrême, j’attendais avec impatience cette version plus commune. Il n’est pas trop doux, avec une belle typicité. Des notes de fruits assez présent. Bien agréable.

Extrême N3 Jamaïque (Long Pond) HTC : Le nez est équilibré et agréable. La bouche est intense avec une belle complexité. Un très bon jamaïcain.

Extrême N3 Jamaïque (Long Pond) ITP : Plus boisé que son prédécesseur, des notes de tabac plus intenses et une finale plus longue. Une superbe surprise.

Plantation Extreme N3 Long POnd

 

L’Esprit

Place au dernier embouteilleur indépendant de la journée : L’Esprit qui nous propose 5 nouvelles sélections.

Blanc Martinique : Le nez est poivré et floral. La bouche est vive est se développe vers des notes poivrées. La finale est plutôt courte. Après pas mal de discussions on serait sur un distillat de la Favorite.

Esprit Jamaican : Au nez c’est gourmand, fruité. En bouche on retrouve des épices (cannelle) et des fruits mûrs.

Esprit Beenleigh : Le nez fait penser à un Foursquare avec un coté rond et gourmand. La bouche est d’un boisé fin avec des fruits confits et un bel équilibre. Un rhum de très bonne facture.

L'Esprit Beenleigh

PS : Les blanc Port Mourant et South Pacific ont été testé mais trop rude pour ma part, pas facile de s’y délecter et je ne sais toujours pas comment déguster correctement ces rhums (dilué, mixo, …).

En Conclusion

Fin de cette édition pour ma part, vraiment heureux d’avoir pu y participer. Quelques stands me sont passés sous le nez (Reimonenq, Bologne, Bielle) : on s’y attardera l’année prochaine. Des rencontres toujours enrichissantes même si très rapides cette année. Un peu de regret de n’avoir pas pu prendre plus mon temps pour partager avec les exposants et autres amis du rhum mais ce n’est que partie remise 😉

 

PS: Merci à Seb Seb pour les photos qui me manquaient

Advertisements
Les Amis des Amis du Rhum

Les amis des amis du rhum – La Barbade

« Brrrr qu’est-ce que ça caille ! »

C’est à peu près la phrase qui a animé l’arrivée de chacun des participants de cette nouvelle soirée des « Amis des amis du rhum ». Heureusement, notre programme était beaucoup plus chaleureux que l’air extérieur puisque la sélection du jour nous a envoyé vers l’île de la Barbade, au cœur des caraïbes.

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

Passé l’apéro avec un planteur, certes frais, mais accueillant, nous attaquons la dégustation. A noter cependant, les notes ci-dessous sont le résultat des impressions de l’assemblée, ayant décidé de mettre en commun nos impressions pour ce compte rendu.

Saint Nicholas Abbey blanc – 40%

DEGUSTATION BARBADES_230218-8305Ce blanc, seul véritable blanc commercialisé à la Barbade, est réalisé à base d’un « sirop de jus de canne » fermenté et distillé en Pot Still à 100%. Ce sirop est en fait le jus frais qui est évaporé sous vide, permettant son stockage et la fabrication du rhum tout au long de l’année.

À la dégustation, le rhum exprime un nez surprenant pour des habitués de l’agricole : c’est végétal et floral à la fois. Les fruits sont présents aussi main principalement des agrumes, citron et mandarine en tête. Certains y retrouvent même de la banane plantain. La bouche est cohérente, avec une impression très pâtissière, comme si le rhum était beurré, voire crémeux. Les arômes sont de la même gamme que ceux du nez, sur le floral et les agrumes.

Saint Nicholas Abbey 12 ans – 40%

DEGUSTATION BARBADES_230218-8307

Passons maintenant au même rhum, mais après 12ans de passage en fût ex-bourbon. La première impression est un « waouh » en voyant la carafe qui est juste magnifique, gravée de l’habitation et fermée par un beau bouchon en bois : c’est très réussi.

Au nez les premières impressions sont clairement pâtissières, accompagnées d’amande et de fruits confits. Celles-ci s’accompagnent, pêle-mêle, de vanille, de cassonade, de banane mûre et d’un arôme assimilé au solvant. Le verre vide apportera par la suite un net retour sur le tabac frais. Un bel ensemble en tout cas.

La bouche, passée une première attaque légèrement poivrée, part sur le beurre, cuit voire légèrement brûlé. L’impression générale est d’avoir un de ces chocolats au lait beurré/sucré à souhait (genre kinder). C’est doux et agréable, ça tapisse la bouche. En résumé : une bien belle découverte !

Mount Gay 1703 old cask selection – 43%

DEGUSTATION BARBADES_230218-8311Partons vers le sud de l’île pour passer à la plus vieille distillerie du monde, à savoir Mount Gay. Et pour découvrir cette maison, quoi que mieux que son fer de lance, la cuvée 1703, assemblages de rhums vieux de 10 à 30 ans. Notons qu’il s’agit là de l’ancienne version de la carafe, Mount Gay venant de modifier sa carafe et son contenu.

Le nez est enjôleur, très expressif, le premier nez est agrémenté de banane avant de partir sur la vanille, le toffee, avec juste un peu d’alcool mais rien d’excessif. On y retrouve également des notes de cire (celle qu’on applique sur les meubles,) mais pas « fraîche » à l’application, plutôt sur l’odeur du meuble déjà ciré.

La bouche, bien que reprenant les mêmes arômes que le nez, est plus courte et plus sage. C’est agréable mais ça manque un peu de longueur.

Cockspur VSOR 12 – 40%

DEGUSTATION BARBADES_230218-8312Nouveau changement de distillerie, même si on ne se déplace que de quelques kilomètres, direction la West Indies Rum Distillery (WIRD), dont le rhum le plus connu est ce Cockspur (pourtant pas très connu). WIRD a une gamme relativement restreinte et ce VSOR en est le fer de lance, malgré son positionnement tarifaire très intéressant.

Côté dégustation, le nez est plein de promesses : du boisé, de la réglisse, de la cerise noire, de l’amande amère aussi. Un nez qui sent bon la « grosse mélasse qui colle », si caractéristique de la région du Demerara, pas si lointaine que ça finalement.  La bouche est elle aussi bien riche, avec un mélange des arômes du nez mais marqués par un chocolat bien noir avec ce mélange d’amertume et d’acidité caractéristique. Malgré tout ça l’impression générale de la bouche n’est pas grasse et collante, elle serait même un peu fraîche. Un vrai coup de cœur général ce Cockspur !

Foursquare Triptych Velier – 56%

DEGUSTATION BARBADES_230218-8313Last but not least ; nous passons ensuite à la dernière distillerie de l’île que nous n’avions pas encore abordé : Foursquare. De cette distillerie sortent plusieurs marques différentes et nous aurions pu faire une sélection complète rien qu’avec ces références mais nous allons plutôt déguster deux références plutôt emblématiques de chez eux. Première référence, ce Triptych, fruit de l’assemblage de 3 millésimes, chacun vieilli dans un type de fût différent.

Le résultat est étonnant avec un nez très marqué par la poudre à canon. On y retrouve aussi des sensations de colle de contact et de glace rhum/raisin. En bouche, dès le début on part sur le vin cuit , avec une légère amertume, principalement au premier contact. Ensuite viennent les épices, le poivre et de nouveau cette poudre à canon. Les fruits ne sortent qu’en finale.

Foursquare 2004 Cask Strength – 59%

Passage ensuite à l’embouteillage « maison » de Foursquare avec ce 2004 brut de fût ayant passé 11 ans dans un fût ex-bourbon.

Le nez est enjôleur, sur la coco et la vanille. Un nez vraiment pâtissier qui donne envie d’y aller.  La bouche est bien plus marquée par les fruits avec des fruits exotiques et du zeste d’agrume. Viennent ensuite un mélange de fruits cuits et de vanille, un peu comme si on avait fait une compote d’ananas/lychee avec une gousse de vanille dedans.

Last Ward 2007 Habitation Velier – 59%

received_10155639584583173Nous terminerons cette belle soirée en retournant à l’ouest de l’île, chez Mount Gay, pour découvrir ce rhum issu d’une triple distillation. Un des derniers ayant été distillé sous le règne de la famille Ward.

Au nez nous partons directement sur de l’ananas bien mûr, avec juste une pointe d’acidité. Mes voisins retrouvent aussi de la levure de bière et même du bonbon à la fraise (avec la précision : « mais pas fraise tagada, plutôt lacet-fraise »).  La bouche rappelle les arômes du nez avec un peu moins d’ananas. Par contre on retrouve un petit côté terreux et cet arôme de bonbon fraise qui a viré en goût de bonbon « couilles de singe » (ceux qui ne connaissent pas, ça existe en bonbon et en liqueur et c’est censé être au goût cerise).

Conclusion

Voilà donc qui clôture en beauté notre voyage sur les terres de Rihanna. Ce périple nous aura entraîné dans chacune des distilleries de la Barbade et nous aurait fait découvrir toutes les facettes de cette île ancestrale du rhum et qui pourtant est en continuelle évolution.

Prochain rendez-vous des amis des amis du rhum ? Nous irons poser le pied sur la terre ferme du continent pour remonter le fleuve Demerara 😉

A bientôt !

 

Crédit photos: Michaël Muller, Cédric Lorne et Cédric Siperius

Dégustations Chez Antoine

Dégustation Privée « Le Goût du Bonheur » N°2

Quelques semaines après notre première soirée dégustation, nous re-voilà pour une nouvelle séance. Nous sommes cette fois encore plus nombreux, et je pense que nous avons atteint le maximum possible de participants pour une session.

Comme toujours, notre hôte nous reçoit chaleureusement et, à peine les 2-3 premières personnes présentes, l’ambiance est à la bonne humeur et au partage. Les dernières expériences, dégustations, informations et petites fioles fusent de tous les côtés ; le tout embaumé d’agréables effluves de rhum.

Une fois tous les participants présents, l’heure est à l’organisation de l’énorme (aussi bien en nombre de bouteilles qu’à la qualité de celles-ci) line up.  Nous n’avions en effet pas moins de 13 références à déguster lors de cette soirée. D’un certain point de vue, nous avons fait honneur aux 70 ans Velier, au vu du nombre de ses références présentes.

Afin de rester cohérents, nous avons regroupé les références du jour en 4 groupes : Les Neisson millésimés (3 références), les RhumRhum Libération (2 références), Les Foursquare et Barbade (4 références), et les hors catégories (3 références).

Les Neisson

Commençons cette soirée avec de l’agricole, et pas n’importe lequel, celui de la plus petite distillerie martiniquaise : Neisson. Pour ce groupe, nous avons eu droit aux millésimes 2004 (LMDW), 2005 étiquette rayée et 2005 étiquette blanche.

Les trois versions ont une robe assez similaire sur le doré et cuivré. Au nez, le 2004 est fruité (coco), avec des notes de cacao, un léger boisé avec une petite amertume (gentiane). La bouche est vive, sur la canne, poudrée (chêne neuf), une note de réglisse et de fruits jaunes (pomme, poire). La finale est longue avec une note boisée, réglissée et une pointe de muscade.

Le 2005 Rayé a un nez plus timide sur les mêmes tonalités, avec un fruité plus sur la pomme. La bouche est plus fine, on retrouve le cacao et la réglisse mais également des agrumes ainsi qu’un soupçon de piment. La finale est quant à elle plus mentholée.

Passons au 2005 étiquette blanche ; au nez nous retrouvons presque l’identique que la version rayée avec, en plus, des fruits secs et une présence d’agrumes accentuée. La bouche et la finale sont plus sur le boisé et les agrumes, plus vives moins fines et complexes que la version rayée.

Les Libération

Restons toujours sur du vesou mais cette fois-ci de Marie Galante et les fameux RhumRhum Libération. Fruits du travail conjoint de Mr Gargano et Maître Capovilla dans le domaine de Bielle. Pour ce groupe, nous avons le Libération 2010 et le Libération 2012 Full Proof à déguster.

Teneur en alcool oblige, nous avons démarré par la version 2010. Un nez assez terreux avec de la résine, du cacao, de la craie et du fruité assez original pour un rhum de vesou. La bouche est fruitée, très ronde, avec une finale douce, fruitée et fraîche.

Sa grande sœur, la version 2012, est totalement différente (notez que nous avons dégusté la version intégrale à 59,8%). Au nez c’est la poudre à canon et la réglisse qui dominent ; viennent ensuite les agrumes et le gingembre. La bouche est évidemment moins ronde que le 2010 mais toujours aussi présente sur les fruits (agrumes et sherry). Le souffre et la réglisse du nez viennent compléter l’ensemble. La finale est extrêmement longue et fruitée.

Les Foursquare et Barbade

Comme c’est le sujet du moment sur la plupart des forums, nous ne pouvions passer à côté d’une série de dégustation Foursquare. Avec pour ce groupe : Rabbie’s Rhum, Foursquare 2006 Velier, Foursquare Triptych Velier et Foursquare 10ans Blackadder.

Le Rabbie’s Rhum est un single barrel de la Barbade (West Indies) de 16 ans d’âge titrant à 57,6%.  Le nez est assez déroutant ; on retrouve principalement des céréales et un léger tourbé. Sans voir la bouteille nous étions plusieurs ne pas penser à un rhum mais à un whisky. A côté de ces arômes viennent un fruité et une petite minéralité. La bouche suit le nez avec toujours les céréales, un coté fumé et fruits très murs (banane) à la manière de certains jamaïcains.

Viennent ensuite les 2 Foursquare Velier. Comme précédemment, nous commençons par le Triptych au vu de la différence du degré d’alcool. La bouche est très ronde, le fût de madère y est clairement pour quelque chose. Les fruits rouges et un côté végétal se font sentir. Le tout est bien équilibré. La version 2006 est plus exubérante avec un côté plus pâtissier, un fruité (banane) et plus de peps.

Nous terminons cette série avec le Blackadder Foursquare 11ans 2004 à 62%, un nez assez rond de la mélasse pâtissière, un nez vraiment prometteur. En bouche, on retrouve un rhum très bien fait, assez vif en première bouche, des marqueurs typiques de la Barbade, épicés et complexes. La finale est longue et assez sèche et nous attire à y replonger nos papilles.

Les Hors catégorie

Après ces 9 première dégustations, nous étions déjà bien, mais c’était sans compter la venue de superbes références gracieusement partagées par leur propriétaire. Commençons la série par le Damoiseau 1980 (version damoiseau) à 60.8%.

Ce rhum est vraiment déroutant, produit à base de mélasse et de vesou. Nous retrouvons ces 2 marqueurs directement au nez, la canne fraiche et de la mélasse caramélisée, le tout suivi d’une petite pointe d’amertume. En bouche, l’alcool est bien présent mais se fait rapidement oublier. C’est très fruité (compotée et fruits jaunes), fruits à coques avec une fin de bouche sèche et une petite astringence. La finale reste sur les fruits avec une touche mentholée.

Pour continuer dans la lignée des Velier, le suivant nous vient tout droit de Mr Gargano et du Demerara : Le Enmore 1995. Le nez est étonnamment doux, sur la mélasse, un petit côté hydrocarbure. La bouche est ronde, sur les épices, beurre de cacao, orange amère avec une petite pointe salée et d’acidité. L’alcool est superbement intégré. La finale est évidemment très longue

Le dernier monstre de notre soirée nous vient aussi d’Italie : le Hampden Wild Parrot de Stefano Cremaschi. Le nez est fabuleux, très aromatique sur les marqueurs typiques Hampden. La bouche est superbe avec un fruité exotique (ananas, banane), un peu épicé (cumin, curry) ainsi qu’un léger tourbé.

Voilà qui termine cette superbe soirée, en plus des notes ci-dessus, c’est surtout l’ambiance et l’échange avec des passionnés qui nous a ravis une fois de plus. Promis, on se retrouve après les vacances 😉